Beethoven parmi nous

 

 

 

La vie de Beethoven n’est faite que d’une suite de défis pour transformer l’existant, autant pour les événements extérieurs que pour sa propre personne.

 

 

 

Et le processus de création de ce compositeur, dont la célébrité tient d’abord à sa musique, a été étroitement lié aux circonstances de sa vie, elle-même entrée dans le domaine public dans le sillage de l’œuvre qu’elle a généré.

 

 

 

Ses conflits relationnels, en particulier avec sa famille, sa recherche d’une compagne qui n’aboutit jamais, son tempérament colérique et sa surdité, composent un tableau contenant tous les ingrédients d’une dramaturgie théâtrale.

 

 

 

« La vie est un théâtre » déclarait Shakespeare

que Beethoven admirait tout particulièrement. Et pour lui le drame s’était annoncé dès l’âge de 25 ans avec la surdité qu’il a tenue secrète, des années durant, jusqu’à ce que « ce sourd qui entendait l’infini », selon l’expression de Victor Hugo, doive se résoudre à composer sa vie et ses relations sociales en fonction de ce handicap.

 

 

 

Si les tourments de ce héros au visage farouche

sont couramment associés à cette épreuve de la surdité, il faut aussi se référer aux témoignages décrivant sa vie relationnelle, pour entrer dans le vrai mystère de ce « musicien sourd » nous montrant le parcours d’un voyageur des extrêmes, transcrivant dans sa musique les affres de sa vie, dans laquelle les élans les plus généreux ont côtoyé les pires défauts du caractère.

 

 

 

Cette succession de grands écarts qui scande ses compositions, entre l’ombre rugissante des gouffres les plus sombres et les hauteurs célestes où le temps est suspendu, témoigne d’un destin particulier qui s’offre à l’humanité comme exemple du combat perpétuel qui est à mener avec soi-même pour faire triompher la lumière et l’amour. En cela il est tel un être mythique. Et le mythe de Prométhée, auquel il s’est lui-même intéressé lorsqu’il a accepté de composer la musique du ballet des « Créatures de Prométhée », permet de comprendre à la fois ce qui est à la source de son tempérament colérique et la cause de ses maladies.

 

 

 

Prométhée, le voleur de feu, voulait passer le flambeau de la puissance divine à l’humanité pour que l’individu conquiert sa liberté et son autonomie. Nous savons aujourd’hui vers où nous conduit la volonté de puissance de l’Homme lorsqu’elle n’est pas au service du Bien Commun.

 

 

 

Le deuxième acte du mythe prométhéen prévoit cette conséquence lorsque le Titan est enchaîné sur le rocher du Caucase. L’aigle qui vient ronger son foie est une image de l’autodestruction par le tempérament colérique, qui aurait  effectivement « rongé » le foie de Beethoven , ce qui n’a peut-être pas été sans lien avec la dégradation du système auditif.

 

 

 

 

Si la musique de Mozart ou de Schubert,

 

semble tenir davantage d’une inspiration

 

descendant sur eux comme un don du ciel,

 

en de vastes arabesques mélodiques,

 

 

celle de Beethoven monte des profondeurs

 

avec sa puissance et ses rythmes

 

et ne s’organise qu’après avoir été forgée, martelée,

 

remise cent fois sur le métier.

 

 

 

 

Beethoven est le musicien de l’effort acharné,

 

et son travail s’applique avant tout

à la rigueur de la composition

 

afin que la puissance du matériau sonore

soit domestiquée, maîtrisée,

 

domptée par la structure.

 

 

 

 

Ce que le compositeur

inaugure avec cette démarche,

 

et qu’il revendique hautement,

c’est de n’être l’héritier de personne,

 

d’être lui-même, en son for intérieur,

le centre de sa création .

 

Et du même coup, cette ambition

de tout faire naître de lui-même

 

s’associe avec le sentiment d’une obligation morale :

 

en enfantant l’œuvre, il faut qu’il s’enfante lui-même.

 

Car sa nature première ne lui présente

presque que des obstacles

 

et doit être domptée tout autant que l’œuvre musicale.

 

 

 

 

« Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance.

 

Ce que je suis, je le suis par moi.

 

Des princes, il y en a, et il y en aura encore des milliers.

 

Il n’y a qu’un Beethoven. »

 

Ce billet griffonné dans les relents de la colère,

 

à l’attention du prince Lichnowsky,

 

pourrait être pris comme le trait d’un orgueil démesuré,

 

si l’on n’avait que ce témoignage

 

sur ce que le compositeur pensait de lui-même.

 

 

 

 

 

Mais quel contraste avec ces autres phrases, écrites dans son journal :

 

« Ne soit plus homme que pour autrui, renonce à l’être pour toi-même !

 

Pour toi, il n’est plus de bonheur, hormis en toi, par ton art.

 

O Dieu donne-moi la force de me vaincre moi-même ! »

 

 

 

 

La surdité, dont il a ressenti les premiers symptômes dès l’âge de vingt-cinq ans, l’enferme progressivement dans son intériorité. Mais ce qui lui arrache ce cri du cœur : « plus de bonheur à attendre du dehors » ce n’est pas l’épreuve de la surdité, c’est celle d’une déception sentimentale, une de plus, dans la longue liste des espoirs amoureux qui se solderont toujours par des échecs.

Et sa création va se nourrir incessamment de ce que l’âme apprend d’elle-même, quand les circonstances de la vie ne répondent pas aux espérances.

 

 

 

 

Sur son rocher, le Titan est tout à coup empêché …

 

 

 

d’exprimer la formidable énergie qui est en lui,

 

tant qu’il n’a pas transformé sa manière de vouloir ;

 

ce qui doit obéir à trois conditions :

 

 

 

la première est celle du sacrifice des intérêts personnels, de la volonté accrochée aux réalisations dans la matière (accrochée au rocher).

 

 

 

La seconde est de conserver la foi en cette force de la volonté qui habite au plus profond de l’individualité, en la libérant de toute influence extérieure et de l’emprise des certitudes figées du Moi personnel.

 

 

 

La troisième est de déchiffrer le langage du monde spirituel qui dévoile les buts à se donner auxquels la volonté devenue comme une coupe sans contenu va se consacrer

 

 

 

 

 

La pièce « Beethoven entre Ciel et Terre »

 

 

 

Ses amis Franz et Thérèse Brunswick vont accompagner Ludwig, partager avec lui ses conceptions artistiques qui s’inspirent des grands idéaux du romantisme naissant. Mais ils vont aussi l’aider à comprendre le sens profond de ses épreuves : les amours impossibles avec Joséphine, Antonia, les relations conflictuelles avec ses frères, ses belles-sœurs, ses domestiques, et les permanentes dissensions avec les éditeurs, les mécènes, les directeurs de théâtres au sujet de ses rémunérations.

 

 

 

Nous allons au plus profond de son « problème avec lui-même » lorsqu’apparaît le neveu Karl au deuxième acte. Ludwig a adopté Karl, âgé de 9 ans, à la mort de son frère. Et il a passé les dix dernières années de sa vie avec son neveu après avoir évincé la mère de celui-ci dans son droit de tutelle. Cet amour filial exclusif aura des conséquences dramatiques : la tentative de suicide de Karl, qui marque une étape irréversible dans la vie de Beethoven.

 

(Voir toute l’histoire de Karl telle qu’elle est racontée dans la pièce, dans le chapitre suivant,)

 

 

 

Karl et Thérèse se rencontrent six mois plus tard, lorsque le compositeur vient de mourir dans une apothéose effrayante et grandiose, prenant le ciel à témoin de son combat pour triompher… de lui-même en léguant sa victoire à toute l’humanité : « Celui qui sentira pleinement ma musique sera, à tout jamais délivré des misères que les hommes traînent après eux ».

 

 

 

 

 

Karl Beethoven, le neveu

 

 

 

Après la mort de son frère, Beethoven a adopté Karl son neveu alors âgé de neuf ans, ayant évincé Johanna, la mère de l’enfant, avec qui il aurait dû partager la tutelle, selon le testament de son frère. Karl a maintenant 19 ans. Il reçoit la visite de son oncle dans la chambre de son logeur où il est en train de faire ses devoirs.

 

Cette première scène (deuxième scène de l’acte II) entre Karl et Ludwig est formée en majeure partie de vrais dialogues qui ont eu lieu entre eux, dont nous avons pu retrouver des bribes dans les cahiers de conversations, sur lesquels écrivaient les interlocuteurs de Beethoven, quand sa surdité est devenue trop prononcée pour qu’il puisse les entendre. Karl était cependant un de ceux que le compositeur comprenait le mieux en suivant les paroles sur les lèvres.

 

 

 

Leur échange, qui traite de plusieurs sujets de discorde, dévoile entièrement la teneur du drame : les soupçons continuels de son oncle et, il faut bien le dire, maladifs, qui rendent manifeste l’enfer qu’il fait vivre à son neveu.

 

 

 

Au cours de cette première apparition de Karl, après dix ans de vie avec son oncle, nous découvrons son étonnante maîtrise pour résister à ses assauts. Sa volonté continuelle de rattraper les choses cherche à sauver leur relation dont il sait, malgré tout ce qui peut le nier, que l’amour n’en est pas absent.

 

 

 

Dans la scène suivante, la troisième, nous apprenons par la conversation entre Franz et Thérèse, que Karl a tenté de suicider et qu’il est à l’hôpital. Cet événement, qui a porté à son terme le drame qui couvait, est l’occasion pour eux d’échanger à propos de ce qu’ils ont compris du caractère de Beethoven.

 

 

 

Dans la quatrième scène, Beethoven rend visite à son neveu alité. Cette scène très courte apporte un baume après l’entretien horrifiant de la troisième scène, grâce aux efforts de Karl, qui s’est renforcé, après son geste terrible, qui lui a heureusement laissé la vie sauve. Il réussit à faire comprendre à son oncle en quoi le traitement qu’il lui a fait subir est absolument contraire au respect de la liberté de l’individu, ce dont le compositeur est pourtant tellement adepte.

 

 

 

Mais le suicide manqué de Karl marque une étape irréversible dans la vie de Beethoven. Il ne lui reste plus que six mois à vivre. Après de nouveaux affrontements familiaux, la maladie va le clouer au lit pendant les quatre derniers mois : d’abord une pneumonie puis le foie qui ne pourra plus fonctionner normalement et déclenchera divers symptômes dont le gonflement démesuré de l’abdomen, qu’il faudra ponctionner à plusieurs reprises.

 

 

 

Dans les derniers temps de la maladie, Karl est parti à l’armée et n’a pas été mis au courant de la fin inéluctable. Il n’arrive que le lendemain de l’enterrement, désespéré, pendant que Thérèse est revenue seule dans la chambre mortuaire. Nous suivrons à travers leur échange les événements de ces derniers mois (cinquième scène).

 

 

 

Thérèse est profondément émue de la grandeur de Karl dans ce qu’il dit de son oncle. Elle nous parlera de la suite de sa vie dans l’épilogue, pendant qu’elle écrit ses mémoires à l’âge de 85 ans, ayant survécu à tous les protagonistes.

 

 

 

Elle aussi a consacré sa vie aux autres. Après la mort de Beethoven, elle s’est installée définitivement en Hongrie, où elle a fondé les premiers instituts destinés à l’accueil des enfants abandonnés. Son œuvre bienfaitrice est reconnue dans tout le pays jusqu’à aujourd’hui. Dans sa conception de l’éducation des enfants, elle s’inspirait des idées de Johan Pestalozzi le pédagogue, auquel elle avait rendu visite en Suisse avec sa sœur Joséphine.

Et Pestalozzi décèdera un mois après Beethoven.

 

 

 

La pièce « Beethoven entre Ciel et Terre »

a été créée en 2008

 

à Paris, Lyon, Strasbourg, Luxembourg, Moulins,

St Julien.

 

 

 

Elle sera reprise à l’occasion de l’anniversaire des 250 ans en 2020 :

 

 

 

les 11, 12, 17, 18 janvier,

 

les 7, 8, 28 et 29 février

 

le 1er mars, les 24, 25 et 26 avril

 

à l’Atelier du Verbe 17 rue Gassendi

Paris 14 eme      

 

M° Denfert-Rochereau ou Gaité

 

 

 

Elle sera également jouée à Avignon

du 13 au 29 juillet 2020

 

au Théâtre la Tache d’Encre.

 

 

 


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